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Lydia Zigomo appelle à «agir pour les femmes, les jeunes et le climat aux Comores»

Lydia Zigomo appelle à «agir pour les femmes, les jeunes et le climat aux Comores»

Quel était l’objectif principal de votre mission aux Comores et quels enseignements tirez-vous de vos échanges avec les autorités et les acteurs de terrain ? Cette visite a été particulièrement enrichissante. Elle intervient à un moment important, puisque nous préparons notre 8è programme de coopération avec les Comores. Je souhaitais mieux comprendre les réalités du pays et m’assurer que notre accompagnement réponde aux priorités nationales de développement et aux besoins des populations. L’un des objectifs était de réaffirmer notre soutien à la préparation du recensement général de la population et de l’habitat prévu en 2027. Les travaux préparatoires ont déjà commencé. L’Unfpa apporte son expertise technique et contribue à la mobilisation des ressources nécessaires à cette opération. Il s’agissait également de renforcer nos partenariats. Les rencontres avec les autorités et les acteurs de terrain nous permettent de préciser les besoins et d’adapter l’appui du bureau régional. Une autre priorité concerne les liens entre la santé sexuelle et reproductive, l’égalité de genre et le changement climatique. L’appui de nos experts à la société civile vise notamment à mieux prendre en compte ces liens dans l’action climatique et à faciliter l’accès aux financements climatiques internationaux. J’ai également échangé avec plusieurs membres du gouvernement, notamment dans les domaines du genre, de la santé, de l’énergie et de l’environnement, ainsi qu’avec le président de l’Assemblée et le secrétaire général du gouvernement. Ces échanges ont confirmé l’importance de la santé maternelle, de la planification familiale, de la lutte contre les violences basées sur le genre et de l’autonomisation des femmes et des jeunes. Nous avons aussi abordé l’accès à l’eau et à l’hygiène, ainsi que l’assurance maladie généralisée. L’Unfpa accompagne les Comores dans la santé maternelle et reproductive, l’égalité de genre et la production de données démographiques. Quels sont les acquis de cette coopération dont vous êtes la plus fière ? Je tiens d’abord à souligner que ces résultats sont le fruit d’un effort collectif. Ils appartiennent au gouvernement, aux institutions et à la population comorienne, aux côtés desquels l’Unfpa intervient. Parmi les acquis, je retiens l’expérience du pays en matière de collecte de données, à travers les recensements et les enquêtes sectorielles, notamment dans la santé et l’agriculture. Cette culture des données constitue un atout pour mieux connaître les besoins des populations et orienter les investissements. Les progrès en santé maternelle sont également une source de satisfaction. La baisse de la mortalité maternelle témoigne des avancées réalisées. Les Comores peuvent nourrir l’ambition d’atteindre l’objectif de zéro décès maternel évitable à l’horizon 2030. Cette perspective appelle à poursuivre les efforts pour que chaque femme puisse accéder aux soins dont elle a besoin. Enfin, je salue les investissements dans le capital humain, notamment la formation des sages-femmes, ainsi que le développement de partenariats avec le secteur privé. L’engagement de l’opérateur de télécommunications Yas Comores en faveur de la santé de proximité illustre la contribution que les entreprises peuvent apporter aux côtés des institutions et des communautés. Votre agence soutient l’élaboration de lois et de politiques nationales, notamment dans les domaines du genre et de la santé reproductive. Comment accompagne-t-elle leur application sur le terrain ? L’Unfpa accompagne les institutions nationales dans l’élaboration des politiques et dans leur mise en œuvre. L’enjeu est de traduire les engagements en améliorations concrètes dans la vie des populations. Notre action s’inscrit notamment dans le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement, adopté au Caire en 1994. Nous soutenons la traduction des engagements internationaux et régionaux dans les politiques nationales, en tenant compte des réalités du pays. En matière de violences basées sur le genre, cela passe par un appui aux institutions chargées de la mise en œuvre et du suivi des politiques. Nous plaidons pour que les ressources nécessaires soient effectivement allouées à l’application des lois.Nos échanges avec l’Assemblée, l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (Inseed), ainsi que le Commissariat général au plan, participent à ce dialogue sur les priorités et les moyens à mobiliser. Notre accompagnement concerne également le recensement et le renforcement de l’état civil. Nous appuyons aussi l’intégration de la santé sexuelle et reproductive et de l’égalité de genre dans les politiques climatiques, notamment les plans nationaux d’adaptation et les contributions déterminées au niveau national. Il s’agit de faire en sorte que ces enjeux soient pris en compte dans la planification et dans la mise en œuvre de l’action climatique. Malgré les campagnes de sensibilisation et les dispositifs juridiques, les pesanteurs socioculturelles et les arrangements coutumiers peuvent freiner la dénonciation des violences et l’accès à la justice. Comment inverser durablement cette tendance ? Cette question a été au cœur de mes échanges avec le Secrétaire général du gouvernement. Les violences basées sur le genre sont un problème mondial. Elles trouvent notamment leur origine dans les rapports de pouvoir inégaux entre les femmes et les hommes, et dans des comportements qui portent atteinte à leur égale dignité. La prévention commence dès l’enfance. Les filles et les garçons doivent apprendre le respect, l’égalité et le refus de la violence. Il faut aussi renforcer la confiance des filles, leur connaissance de leurs droits et leur capacité à reconnaître les violences et à demander protection. Les responsables communautaires et religieux ont un rôle essentiel à jouer. Leur engagement peut contribuer à faire évoluer les normes sociales et à renforcer la protection des femmes au sein des communautés. Nous devons également associer pleinement les hommes et les garçons à cette démarche. La masculinité positive consiste à les engager comme des alliés de l’égalité et de la prévention des violences. Cela se traduit aussi dans la vie quotidienne, par un partage plus équitable des responsabilités familiales et des tâches ménagères. Cette évolution des comportements doit s’accompagner d’une application effective des lois et d’un accès réel à la justice pour les survivantes. La transformation des normes sociales demande du temps et de la persévérance. C’est en poursuivant ces efforts que nous pourrons obtenir des changements durables. Les Comores préparent leur Recensement général de la population et de l’habitat. L’actualisation et l’utilisation des données semblent pourtant encore poser des difficultés, notamment pour anticiper les crises et organiser les interventions d’urgence. Partagez-vous ce constat ? Cette question fait partie des raisons de ma visite. Les échanges sur le terrain m’ont permis de mieux comprendre les réalités du pays, le dynamisme de ses institutions et leurs besoins de renforcement. Le défi porte à la fois sur la production des données et sur les moyens de les analyser et de les utiliser. Ces différentes étapes demandent des compétences techniques, des équipements adaptés et des ressources financières. Le prochain recensement, qui sera numérique, devrait faciliter la collecte et le traitement des données. Sa réussite nécessitera toutefois les moyens humains, techniques et financiers correspondants. L’objectif est de disposer d’informations qui puissent effectivement guider la planification et les interventions. Dans un contexte de contraction de l’aide internationale au développement, comment l’Unfpa entend-il préserver l’efficacité de ses interventions aux Comores et éviter la dispersion des ressources dans une multitude de petits projets ? Cette question a été au centre de mes échanges avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, ainsi qu’avec d’autres agences des Nations unies. Notre responsabilité est d’accompagner les Comores en passant d’une succession de petits projets à une démarche plus cohérente, au service de la réalisation du Plan Comores émergent à l’horizon 2030.

المصدر: الوطن