Société comorienne des ports I Claude Ben Ali : «Nous voulons des ports compétitifs»
Quel bilan tirez-vous de votre action à la tête de la Scp depuis juillet 2024 ? Je rends grâce à Allah de m’avoir permis d’atteindre deux ans et deux mois exactement depuis ma nomination à la Scp. Dès mon arrivée, j’avais fixé un objectif articulé autour de deux paliers : le volet institutionnel et le volet investissement. Il faut rappeler que la Scp est issue de la fusion de deux sociétés : l’Eppam, qui gérait exclusivement le port de Mutsamudu, et l’Apc, qui gérait les ports de Moroni et de Fomboni, avec des textes distincts. Lors d’une fusion, la première chose à faire est d’avoir un texte unifié et mis à jour. Dès la première année, le Conseil d’administration de la société, qui est l’organe qui donne du crédit à la structure, a été mis en place pour la première fois. Nous avons également travaillé avec un consultant juriste sur l’unification des textes, en accord avec le Conseil d’administration. Ce texte est actuellement entre les mains du haut conseiller de la société pour une dernière lecture. Parmi les avancées institutionnelles, il y a également l’unification des tarifs dans les trois ports. Le projet est entre les mains de nos deux ministères de tutelle, celui des Finances et celui des Transports maritimes. J’appelle les ministres à faire avancer ces dossiers afin que les usagers des ports puissent être fixés sur les tarifs appliqués. Au niveau des investissements, nous avions des objectifs, mais nous avons également hérité de chantiers. Parmi les grands investissements réalisés figurent la modernisation des gares maritimes et l’éclairage des trois quais, qui peuvent désormais travailler la nuit. J’insiste particulièrement sur Mwali, puisque les activités y dépendent de la montée des eaux. Un travail de balisage du port de Mwali est également en cours. Celui de Ngazidja est déjà réalisé. Ces deux ports nécessitent une attention particulière en raison de la présence de coraux à proximité. Nous avons aussi investi dans la sécurité avec l’installation de caméras de surveillance. Chacun des ports dispose de sa salle de surveillance. Au total, 80 caméras sont installées dans les ports : 32 à Ngazidja, 32 à Ndzuani et 16 à Mwali. C’est insuffisant, mais elles se sont révélées efficaces, avec des résultats concrets et une capacité d’enregistrement de 90 jours. La modernisation et la digitalisation des ports figuraient parmi les priorités annoncées à votre arrivée. Quels changements concrets peut-on constater ? Avec tous les investissements que je viens de citer, il y a aujourd’hui un accès limité au port et des accès à certaines zones qui sont réglementés. Cela passe notamment par les badges, les gilets et la délimitation de zones strictement réservées dans les installations portuaires. Il y a également eu un changement de mentalité au niveau des usagers qui comprennent de mieux en mieux que tout celà est fait pour la sécurité de chacun. Quel est l’état d’avancement de la certification Isps exigée par l’Organisation maritime internationale ? Il faut savoir que le secteur maritime est réglementé par l’Omi. À mon arrivée, un seul des trois ports avait la certification Isps [Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires]. Cette certification présente de nombreux avantages. En septembre 2025, nous avons subi une évaluation avec l’appui de l’Anam [Agence nationale des affaires maritimes]. À la suite de cette évaluation, le petit et le grand quai ont été certifiés en octobre 2025. Bien sûr, il reste des choses à faire. Nous avons reçu de nombreuses recommandations que nous sommes en train de mettre en œuvre. Ce qui reste aujourd’hui, c’est de maintenir cette certification. Elle nous a permis de faire venir jusqu’à trois nouveaux bateaux qui exigeaient cette certification. Quelles avancées avez-vous réalisées sur le plan des ressources humaines ? Dans l’administration comorienne, les recrutements ne se font pas forcément avec des personnes issues du secteur. Dans ce sens, pour les personnes qui ne disposent pas des prérequis, nous avons mis en place des formations internes afin de renforcer les capacités des agents. Nous bénéficions également de formations au niveau international, notamment en Chine et en Côte d’Ivoire. Nous sommes aussi membres de l’Association des ports de l’océan Indien, qui offre de nombreux avantages aux pays membres. Quelle est la situation financière de la société au regard des investissements engagés ? Les finances se portent bien. Parmi les indicateurs sociaux qui montrent qu’une société fonctionne bien, il y a le paiement des salaires. Je n’ai aucun arriéré de salaire depuis mon arrivée. Au contraire, j’ai hérité d’arriérés de salaires à hauteur de plus de 280 millions de francs comoriens. J’en ai déjà payé la moitié. C’est ce qui montre, selon moi, que les finances de la société se portent bien. Le bateau Faliki Ndjema a également été réparé à hauteur de 85 millions de francs pour ne citer que cela. Je crois fortement à l’amélioration des finances, avec la mobilisation mise en place. Enfin, quelle est votre feuille de route pour la suite ? À la base de la construction du port, il y avait l’objectif d’avoir un port d’éclatement de la sous-région. Jusqu’à aujourd’hui, nous maintenons cette direction. L’objectif à atteindre est de réaliser une extension du terre-plein du port de Mutsamudu, du côté de Mjihari. Le côté Dodin devrait être dédié aux passagers. Nous devons arriver à scinder les parties afin de renforcer la sécurité des centaines de passagers qui fréquentent quotidiennement le port. Deuxièmement, il faut maintenir la certification Isps. Dès novembre, nous avons une évaluation. Cette certification n’est pas une fin en soi. Nous voulons également rehausser le mur du port de Mutsamudu qui sépare le port de la route principale. A terme, nous voulons des ports compétitifs par rapport à la région.
المصدر: الوطن