Art contemporain. Exposition I Yaz, un Comorien entre au musée en Côte d’Ivoire
A 24 ans, le plasticien comorien, Saandi Iliassa Alhadhur, alias Yaz, vient d’obtenir une nouvelle reconnaissance à l’échelle africaine. Ce vendredi 9 octobre, son œuvre Subaiya, entièrement réalisée au stylo Bic, a été admise par la Fondation Société générale Côte d’Ivoire, pour intégrer les collections permanentes de la Maison de l’Art de la ville historique de la Côte d’Ivoire, Grand-Bassam. Le comité international de sélection a voté à l’unanimité en faveur de son œuvre, également choisie pour figurer sur la couverture du catalogue de l’exposition. Né en 2002 à Moroni, Yaz évolue dans un parcours autodidacte. Après avoir participé à la réalisation d’une fresque à Dubaï aux Emirats arabes unis, en 2021, il s’est engagé, un an plus tard en 2022, dans une carrière indépendante qui aura été marqué, en 2023, par sa première exposition personnelle à l’Alliance française de la capitale comorienne. Depuis, son travail l’a conduit à collaborer avec plusieurs institutions internationales, dont l’Unicef et la Croix-Rouge française. En 2025, après sa participation au World culture festival de Karachi au Pakistan qui a puissamment contribué à élargir son parcours à l’international, il a obtenu, en début 2026, un prix au douzième Concours international de portrait de la galerie Teravarna, en Californie aux Etats unis d’Amérique. Le titre de l’œuvre renvoie au tissu à rayures colorées et à franges, associé à l’habillement traditionnel comorien, le Subaiya. Utilisé notamment pour certaines grandes cérémonies, il témoigne des influences culturelles qui ont façonné les pratiques vestimentaires de l’archipel. Bien qu’il soit également porté ailleurs, il s’est intégré aux usages sociaux comoriens et y a acquis une place particulière.A travers Subaiya, l’artiste explore, ainsi, la mémoire collective, l’identité et la «notabilité», la plus haute catégorie sociale communautaire comorienne. Dans la société comorienne, le Subaiya est portée, surtout, par la femme. Aussi, «à travers cette figure féminine, je voulais mettre en lumière la grandeur et l’autorité de la femme dans la société comorienne, tout en donnant à cette célébration une portée universelle», soutient l’artiste. Pour Yaz, cette reconnaissance dépasse son parcours personnel : «c’est la preuve que notre archipel détient une voix et une écriture visuelle capables de dialoguer au plus haut niveau avec les grandes institutions du continent», apprécie-t-il, y voyant par-là, une ouverture pour la création comorienne, mais également une voie supplémentaire pour les artistes de l’archipel vers les institutions artistiques du continent. Outil ordinaire et accessible à tous, le stylo Bic occupe une place centrale dans la pratique artistique de Yaz. Il lui a permis, selon lui, de développer un travail minutieux qui exige du temps et une concentration soutenue. L’artiste ne sait pas, précisément, combien de stylos il utilise pour une œuvre. Il explique qu’il en «change régulièrement», parfois, après quelques heures, lorsque la bille chauffe et risque de laisser des bavures sur le dessin : «un même stylo peut servir à réaliser trois ou quatre œuvres», souligne-t-il. Toutefois, pour lui, le coût de son travail ne se résume pas au prix de ce matériel estimé à 175 francs comoriens (+ ou - 0,35 euro) par stylo : «Le véritable coût de mon travail se mesure en temps et en sève», explique-t-il. Depuis décembre dernier, il travaille sur un autoportrait qui n’est toujours pas terminé. A Grand-Bassam, Subaiya de Yaz a rejoint, depuis vendredi dernier, les collections permanentes de la Maison de l’Art de la Fondation société générale Côte d’Ivoire. Son acquisition à l’unanimité par le comité international de sélection et son choix pour figurer sur la couverture du catalogue de l’exposition donnent une visibilité supplémentaire à son travail. Pour l’art contemporain comorien, cette acquisition ouvre une voie vers les institutions artistiques du continent, offrant ainsi à la création de l’archipel, une présence remarquée dans une collection muséale étrangère.
المصدر: الوطن