Assemblées annuelles du Fmi et de la Banque mondiale I La triple équation des ministres des Finances réunis à Bangkok
Les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (Fmi) et du Groupe de la Banque mondiale ont été officiellement ouvertes hier lundi 12 octobre au Centre national de conventions Reine Sirikit à Bangkok en Thaïlande. Des dizaines de ministres des Finances, des délégués de banques centrales, des économistes, des experts de la finance, des patrons de groupes industriels, des investisseurs et des représentants de la société civile se retrouvent dans la capitale thaïlandaise pour faire un état des lieux sur l’économie mondiale, ses chocs et ses perspectives. Trois rencontres majeures sont attendues à Bangkok : Il s’agit de la réunion du Comité du développement prévue le 15 octobre, la séance plénière des assemblées annuelles le 16 octobre et enfin la séance plénière du Comité monétaire et financier international qui aura lieu le 17 octobre. La directrice générale du Fmi, Kristalina Georgieva, et le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, devraient présider aujourd’hui une grande rencontre internationale consacrée «à la résilience économique dans un monde fragmenté» avant une autre discussion prévue ce mercredi 14 octobre «sur la mobilisation des investissements privés». La délégation comorienne (photo ci-dessous), conduite par le ministre des Finances, Moussa Abderemane, est arrivée à Bangkok depuis samedi 10 octobre. Les argentiers du monde auront à échanger sur trois équations majeures à surmonter pour mettre l’économie mondiale et la finance internationale sur les rails : la crise énergétique, la dette publique et le développement rapide de l’Intelligence artificielle (IA) avec ses conséquences sur l’emploi et la déstructuration des systèmes classiques des finances des pays en développement. «Notre mission, au Fmi, consiste à aider nos pays membres à entreprendre des réformes fondamentales pour améliorer la productivité, et rendre l’économie plus agile, plus durable et plus résiliente», a souligné la directrice générale du Fmi, Kristalina Georgieva, dans une longue tribune publiée en prélude aux Assemblées annuelles. La patronne du Fmi s’alarme sur «la crise de la dette», «les inégalités croissantes» en termes d’investissements dans les pays du Sud mais surtout un «tsunami qui avance lentement» en parlant de l’IA qui «pourrait creuser davantage le fossé économique entre les pays riches et les pays en développement». Les rencontres de Bangkok s’ouvrent ainsi dans un contexte particulier marqué par les pressions liées à l’énergie dans le monde, la hausse de la dette publique et les risques posés par «l’essor inégal » de l’IA. S’agissant de l’énergie, le Fmi reconnait «le choc causé par la flambée des produits énergétiques consécutive à une baisse des recettes des pays en développement». Une analyse partagée par l’Organisation des Nations-Unies (Onu). «Nous assistons à une tempête susceptible de replonger des dizaines, voire des centaines de millions de personnes dans la pauvreté», souligne Alexander De Croo, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cité par le site officiel des Assemblées annuelles.Les réunions des ministres des Finances devraient aboutir à des mécanismes communs de partage des risques liés aux chocs de l’énergie. Pour le Fmi, une telle situation engendrera non seulement une inflation difficile à atténuer à court terme mais réduira les capacités des pays en développement à renouer avec la croissance. Des scenarios de ralentissement des économies des pays développés et de chute des investissements pourront aussi peser sur la reprise de la croissance de l’économie mondiale. «Malgré ces difficultés, le Fmi maintient une prévision de croissance mondiale proche de 3 % pour 2026», souligne Kristalina Georgieva qui annonce une prévision de croissance de l’économie mondiale de «3,4 % pour 2027». La deuxième équation est la dette publique. Le Fmi souligne en effet son inquiétude en raison des niveaux record atteints ces dernières années. «Les pays en développement doivent notamment faire face à environ 400 milliards de dollars de paiements à leurs créanciers extérieurs en 2026. Leurs charges d’intérêts représentent déjà, en moyenne, plus de 10 % de leurs recettes publiques», a-t-on souligné. «L’endettement public mondial atteint des niveaux inégalés depuis la Seconde Guerre mondiale et devrait dépasser 100 % du produit intérieur brut mondial avant 2030», a éclairé la patronne du Fmi. «Les économies avancées sont les plus touchées, affichant parmi les niveaux d’endettement brut les plus élevés», constate Kristalina Georgieva . La troisième et dernière équation des ministres des Finances n’est autre que l’Intelligence artificielle (IA) qui fait le beau temps dans les pays développés et la pluie dans les pays pauvres. Ces derniers, mal préparés au développement rapide de l’IA, subissent les assauts de cette technologie qui déstructure les économies des pays fragiles. Si la directrice générale du Fmi reconnait «un boom de l’intelligence artificielle» qui profitera aux pays développés notamment en Amérique du Nord et en Asie, elle estime que l’IA «constitue une menace croissante pour le marché du travail mondial et les recettes fiscales des gouvernements», qualifiant la technologie de «tsunami à mouvement lent». La patronne du Fmi annonce «des changements radicaux dans les domaines de l’éducation, de la croissance économique, de l’emploi et de la perception fiscale» avant de faire savoir que «jusqu’à 40 pour cent des postes dans le monde pourraient être modifiés, réduits ou supprimés». À Bangkok, Le Fmi et la Banque mondiale souhaitent «corriger la plus grosse anomalie de ces 100 dernières années, à savoir la persistance d’importantes inégalités économiques», selon Kristalina Georgieva, qui, parlant spécifiquement de l’Afrique, appelle à «trouver des moyens de mieux relier les abondantes ressources humaines de l’Afrique aux abondantes ressources financières des pays avancés et des principaux pays émergents». Les Assemblées annuelles prendront fin le week-end prochain.
المصدر: الوطن