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Commercialisation du girofle I Des soupçons présumés «de manipulation des balances» à Mwali

Commercialisation du girofle I Des soupçons présumés «de manipulation des balances» à Mwali

La campagne de cueillette du girofle bat son plein sur l’île de Mwali depuis un peu plus d’un mois. Le kilogramme de girofle sec se négocie actuellement autour de 2 300 francs. Certains acheteurs ambulants proposent jusqu’à 2 500 francs le kilo pour attirer les producteurs. Mais derrière ces offres alléchantes, plusieurs cultivateurs font état de différences importantes lors des pesées. En cette période de commercialisation, de nombreux jeunes, notamment des commissionnaires financés par des bailleurs installés hors de l’île, sillonnent les localités à la recherche de girofle. Leur objectif est de collecter cette production de rente avant de l’acheminer vers Ndzuani, où se trouve le port international des Comores, en vue de son exportation. Munis de leurs balances, ces acheteurs ambulants parcourent les rues et les zones de forte activité commerciale pour convaincre les producteurs de leur vendre leurs récoltes. Si la différence de prix attire les vendeurs, certains témoignages font toutefois état d’écarts de pesée qui les conduisent à renoncer aux transactions. À Mbwangoma, une femme connue sous le nom de maman Bencheik raconte qu’une proche a failli être victime d’une pesée contestée il y a une semaine. «Des acheteurs passaient, ils nous ont proposé un prix attractif. Ma sœur, attirée par l’offre, a décidé de vendre quelques sacs», raconte-t-elle. Mais au moment de la pesée effectuée avec la balance des acheteurs, sa sœur «a constaté un écart de plusieurs kilos». «Elle avait pourtant préalablement pesé ses sacs avec sa propre balance avant de les coudre. Face à cette différence, elle a finalement décidé d’abandonner la vente», précise-t-elle. Dans le même village, un autre producteur affirme avoir été confronté à une situation similaire. Un acheteur lui aurait proposé 2 500 francs le kilogramme pour un sac de girofle bien rempli. Pourtant, la balance utilisée n’aurait indiqué que 30 kilos. «C’est lorsque ma femme, qui était présente, a commencé à protester qu’un débat s’est ouvert. Les acheteurs sont devenus furieux et partis», témoigne-t-il. À Bandar Salama, Zaydou Anssufoudine, père de famille, rapporte également un incident survenu il y a quelques jours. Après une vive discussion avec des acheteurs, son fils de 16 ans aurait découvert un objet métallique placé sous le plateau de la balance. Selon lui, cet objet empêchait le mécanisme de descendre normalement pour afficher le poids exact. «Une fois qu’on a effectué cette découverte, ces acheteurs ont pris la poudre d’escampette sans laisser des traces», affirme-t-il. À Djwaezi, un autre producteur raconte avoir reçu la visite d’acheteurs ambulants qu’il ne connaissait pas. Ces derniers lui auraient proposé 2 400 francs le kilogramme, alors qu’il n’avait pas encore décidé de vendre sa récolte. Habitué à conditionner son girofle dans des sacs pesant généralement entre 17 et 18 kilos, il affirme que l’un de ses sacs n’affichait que 14 kilos sur la balance des acheteurs. «Je leur ai immédiatement demandé de le peser sur ma balance. Le même sac affichait alors 18,5 kilos», raconte-t-il. Face à cet écart, il a exigé que la transaction se poursuive uniquement avec son propre équipement. Dans cette même localité, Ligo, pêcheur et grand producteur de girofle, affirme avoir assisté son fils lors de la pesée de neuf sacs de girofle sec, mardi dernier. Selon son témoignage, chaque sac devait peser environ 60 kilos, mais la balance des acheteurs n’aurait affiché que 45 kilos. Une dispute s’en serait suivie, jusqu’à ce que son fils découvre un objet en bois placé sous les pieds du plateau de la balance, empêchant, selon lui, le mécanisme de fonctionner normalement. Ces différents témoignages ne permettent cependant pas, à eux seuls, d’établir avec certitude que les balances utilisées ont été volontairement truquées. Les faits rapportés soulèvent néanmoins des interrogations sur la fiabilité des pesées réalisées lors des transactions.Alors que le girofle constitue une importante source de revenus pour de nombreux ménages de Mwali, la transparence des opérations de pesée demeure un enjeu essentiel pour préserver les intérêts des producteurs et instaurer la confiance entre vendeurs et acheteurs. L’Office national de la métrologie devrait s’y intéresser.

المصدر: الوطن