Cours d’assises : Moustoifa Toihirdine passe trois ans en prison pour «un crime non prouvé»
Après trois ans et vingt jours passés derrière les barreaux, Moustoifa Toihirdine, connu sous le surnom de Bapale, a retrouvé la liberté. La cour d’assises de Moroni a rendu son verdict jeudi 15 octobre, et mis fin à une longue détention pour ce jeune homme de 21 ans, poursuivi pour ‘’agression sexuelle sur une mineure de dix ans’’. Une affaire marquée par l’absence de témoignages déterminants et les interrogations soulevées par la défense sur le déroulement de la procédure. Depuis son interpellation, Bapale a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés. Une position qu’il a maintenue devant les enquêteurs, le juge d’instruction et, une nouvelle fois, à la barre. Selon les éléments évoqués à l’audience, il aurait affirmé avoir été menacé par une certaine Naila, membre de la famille de la supposée victime, après avoir refusé de l’aider à s’approvisionner en eau. Né à Mayotte, où il a perdu ses parents, le jeune homme était revenu à Moroni pour apprendre un métier. Maçon et carreleur, il vivait dans le quartier de Cap 2000, où il était connu pour les services qu’il rendait aux habitants, y compris à proximité de la famille qui l’a ensuite accusé. L’audience a notamment été marquée par l’absence des membres de la famille de la plaignante, qui, selon les informations présentées à la cour, n’ont jamais répondu aux convocations de la justice pour exposer leur version des faits. Ils auraient également refusé les sollicitations de la brigade des mineurs visant à faire examiner la fillette au lendemain du dépôt de la plainte.Après plus de trois quarts d’heure de débats, les magistrats sont revenus sur les dispositions du Code pénal relatives aux agressions sexuelles, notamment les articles 301 et 302. Le ministère public a insisté sur la nécessité d’appliquer rigoureusement la loi, et indiqué que ‘’les textes devaient être respectés dès lors que les faits étaient établis’’. De son côté, l’avocat de la défense, Me Youssouf Ibrahim, dit Nixon, a plaidé ‘’la libération de son client au bénéfice du doute’’. Il a notamment invoqué l’absence de témoins oculaires et le manque d’éléments permettant, selon lui, de contredire les déclarations constantes de l’accusé.L’avocat s’est également interrogé sur ‘’le silence prolongé des proches de la plaignante face aux convocations judiciaires’’. Il a rappelé que, malgré les années passées en détention, son client n’avait pas tenté de s’évader, convaincu de son innocence. Au cours de l’audience, la défense a présenté une lettre évoquant une demande d’arrangement à l’amiable entre les deux parties. Bapale a toutefois déclaré ‘’ne pas être au courant de cette démarche et a rejeté toute tentative de règlement à l’amiable’’, en réaffirmant qu’il n’avait ‘’pas commis les faits reprochés’’.La libération du jeune homme a sans doute mis un terme à sa détention dans cette affaire, mais les circonstances du dossier remettent sur la table un sérieux questionnement sur les conséquences humaines d’une procédure pénale prolongée. L’affaire rappelle la gravité des accusations d’agression sexuelle, particulièrement lorsqu’elles concernent un enfant, mais aussi l’exigence d’une justice fondée sur des éléments vérifiables et le respect des droits de la défense.
المصدر: الوطن