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Enseignement : pourquoi les élèves se détournent des matières scientifiques ?

Enseignement : pourquoi les élèves se détournent des matières scientifiques ?

Au cours de ces dernières années, les candidats au baccalauréat des séries scientifiques ont représenté moins de 50 % de l’effectif global. Cette tendance se poursuit, et les raisons de ce désintérêt semblent en partie identifiées. Dans le rapport final des assises nationales pour la transformation de l’éducation, publié le 5 octobre 2025, les auteurs mettent en évidence plusieurs facteurs qui conduisent les élèves à privilégier les séries littéraires. Le constat dressé par les acteurs de terrain interrogés est sans appel : un désintérêt croissant des élèves pour les sciences, en particulier les mathématiques, un manque d’éveil scientifique à l’école primaire, une formation insuffisante des enseignants et des équipements pédagogiques inadaptés. Beaucoup de jeunes perçoivent ainsi les mathématiques comme une discipline difficile, inaccessible et réservée à une élite. «Certes, il est vrai que, par leur histoire antérieure, les mathématiques sont une discipline dans laquelle excellent des personnages exceptionnels, dotés de capacités intellectuelles au-dessus de la moyenne, mais la principale difficulté de compréhension de cette matière résulte essentiellement du fait de l’approche d’enseignement très théorique», relève le rapport consulté par Al-watwan. Selon les auteurs, les méthodes pédagogiques classiques, essentiellement théoriques, contribuent à rendre les mathématiques complexes et difficiles à comprendre pour les élèves. Le rapport recense plusieurs obstacles à l’enseignement des mathématiques et des sciences. Le manque de matériel pédagogique et de laboratoires arrive en tête, cité par 63,6 % des répondants. Les méthodes jugées trop théoriques sont mentionnées par 45,5 % d’entre eux, tandis que 36,4 % évoquent le manque de motivation des élèves. La formation insuffisante des enseignants constitue également un frein, selon 27,3 % des personnes interrogées. «Ces éléments montrent qu’il est crucial d’investir dans les infrastructures et les programmes pour améliorer l’apprentissage des matières scientifiques. L’intégration des outils numériques dans l’enseignement reste un autre défi majeur», analysent les experts, qui ont interrogé des élèves, des enseignants et des parents.La maîtrise des langues d’enseignement constitue un autre obstacle à la réussite scolaire. D’après le rapport, 94,1 % des chefs d’établissement interrogés estiment que les difficultés rencontrées par les élèves sont notamment liées à leur faible maîtrise des langues utilisées en classe. Les responsables d’établissement pointent également le manque de matériel pédagogique adapté et l’insuffisance de la formation des enseignants. D’autres facteurs compliquent les apprentissages, notamment les interférences avec les langues parlées à la maison et le manque de soutien familial.La formation des enseignants à l’utilisation des outils numériques apparaît elle aussi insuffisante. Parmi les parents interrogés, 13,3 % estiment que les enseignants sont suffisamment formés dans ce domaine. À l’inverse, 66,7 % jugent leur formation partielle et 20 % considèrent qu’ils ne sont pas compétents. « Ces résultats mettent en évidence la nécessité d’adapter les pratiques pédagogiques aux compétences linguistiques des élèves et de renforcer la formation des enseignants », préconise le rapport. Mais peut-on prétendre à un enseignement de qualité, en langues comme dans les disciplines scientifiques, lorsque les enseignants eux-mêmes travaillent dans des conditions précaires ? Selon le rapport, jusqu’en 2024, les enseignants bénévoles représentaient 22 % du corps enseignant en activité, hors Université des Comores. Par ailleurs, 34,5 % des répondants déclarent exercer sans rémunération. «La présence des enseignants bénévoles impacte négativement la qualité de l’enseignement : elle engendre un manque de motivation et affecte donc directement la qualité des apprentissages et la dynamique en classe. Elle favorise des pratiques discriminatoires et inéquitables comme la distribution de notes de complaisance, le favoritisme ou encore la privatisation informelle de l’enseignement public, par des cours particuliers payants», alerte le rapport. Les auteurs estiment que cette situation contribue à la dévalorisation du métier d’enseignant et à la perception négative de ce statut. La gestion des carrières est également jugée problématique par les enseignants ayant répondu au questionnaire. Ainsi, 43,6 % considèrent le système peu transparent, tandis que 51,3 % ne se prononcent pas. Pour les auteurs du rapport, ces résultats soulèvent la question de la confiance des enseignants dans la gestion de leur carrière.

المصدر: الوطن